Archive pour février 2012
Trauma (1976)
En anglais et en français, un titre étonnant: le Trauma de la vf n’est pas vraiment le thème principal du film; quant aux offrandes brûlées (Burnt Offerings) de la vo, qui renvoient à l’holocauste biblique (sacrifice rituel d’un animal par le feu), elles sont liées à la façon dont la maison se sert de ses occupants, mais le lien est un peu trop ténu, et un peu trop recherché par rapport au reste du scénario. Quitte à renvoyer vers la Bible, autant le faire franchement et à plusieurs reprises, plutôt qu’au travers d’un titre ambigu (dont les traducteurs français n’ont pas détecté la pertinence non plus, visiblement).
Une famille sans problèmes (pour une fois) prend des vacances dans une ancienne maison, louée pour une bouchée de pain. Les contraintes: ils doivent prendre soin de la maison et de son occupante, une dame âgée qui vit recluse au dernier étage de la demeure. Le piège: le véritable prix de la location ne se chiffre pas en pièces sonnantes et trébuchantes, mais en vies…
Comme dans nombre d’autres films de l’époque, l’ambiance générale de malaise indéterminé prime sur les moments d’angoisse ou d’horreur, qui servent généralement à libérer enfin cette tension progressive tout en l’expliquant enfin. Mais contrairement aux autres films, les raisons psychologiques sous-jacentes, souvent obscures et imagées, et qui servent toujours de fondation aux films d’épouvante, ne sont jamais mises au clair! Ni la promesse du titre anglais (comme vu plus haut), ni celles des quatre cinquièmes du film ne sont tenues. Les rares phénomènes surnaturels, et la libération finale et fatale se produisent sans raison apparente, ni même raisonnement: qui agit? Est-ce la maison, son occupante invisible, ou un démon qui contrôlerait l’un et l’autre…? Quelles sont les origines des terribles propriétaires, quel est leur but? Et pourquoi cette pauvre famille a-t-elle été choisie pour le sacrifice? On n’en saura rien. Question subsidiaire: à quoi sert le chauffeur du corbillard? Trauma est comme un puzzle auquel il manquerait quelques pièces, qui n’enlèvent rien à sa beauté générale, mais qui empêchent d’obtenir pleine satisfaction quand on tente de le compléter.
En bref: un film dans la lignée des classiques de l’époque, mais auquel il manque plusieurs éléments clés indispensables. A regarder seul en débranchant son cerveau, ou en famille, si jamais on veut trauma-tiser ses enfants…
Don’t be afraid of the dark (2011)
Une famille recomposée, une gamine malheureuse d’être rejetée par sa mère, et une grande maison pleine de coins obscurs qui cachent des créatures anciennes et malveillantes. Y a des idées, y a un bout d’approche psycho semi-intéressante, mais c’est vraiment trop classique. C’est lent et ennuyeux. C’est un thème vu, revu et rabâché. L’originalité du film: on voit clairement les monstres! Un comble, pour un scénario qui a comme thème l’obscurité. Du coup ça rappelle les Gremlins (1984), ou les autres films à bestioles de ce genre.
Une musique d’ambiance présente mais qui n’apporte rien, de jolis décors qui ne sont pas assez mis en valeur, au contraire des créatures qui sont elles beaucoup trop travaillées. Sans parler de certains coins du scénario qui sont gentiment laissés dans le noir.
En bref, encore un remake (même titre, 1973) qui ne sert à rien. D’ailleurs, même s’il existe une traduction officielle au titre de la première version (« les Créatures de l’Ombre« ), celui de la version présente restera en vo, pour montrer que ce film ne mérite même pas cet effort-là. Il ne vaut pas le coup d’être regardé, sauf pour les fans de Guillermo del Toro (celui du Labyrinthe de Pan, bien plus intéressant).
Les Documents Interdits (1989)
Il y a une vingtaine d’années, j’étais tombé sur des documentaires étonnants, qui avaient durablement impressionné ma mémoire, et qui avaient été diffusés à l’époque (je viens de l’apprendre, en les redécouvrant) sur Arte.
12 documents vidéo, qu’ils soient reportages, archives gouvernementales ou personnelles, ayant tous comme thème commun la mise au jour de phénomènes scientifiques ou sociaux inhabituels, étranges, ou complètement surnaturels.
Entre autres, un manoir perdu dans le temps, un camp soviétique de cyborgs défaillants et oubliés, ou encore un enfant pouvant déplacer des objets par la pensée… Et même un treizième document, inédit, qui a été ressorti des archives à l’occasion des 20 ans d’Arte.
J’ai déjà mentionné à plusieurs reprises ici le Projet Blair Witch, qui a réveillé le genre du faux documentaire, mais sur les 60 ans qui séparent la fausse alerte radiophonique d‘Orson Welles (interprétation très réaliste des événements de la Guerre des Mondes d’H.G. Wells) et les premières rumeurs du Projet, d’autres faux reportages ont vu le jour sans obtenir la popularité de l’un ou de l’autre. Pour le dernier, la participation d’Internet n’y est pas pour rien, les rumeurs se propageant infiniment plus vite depuis la fin des années 90, qui sont incidemment la période à laquelle est sortie le Projet Blair Witch.
Et malgré ce recul, encore aujourd’hui, les Documents Interdits font leur effet: on peut voir traîner sur le net les commentaires de nouveaux spectateurs qui mettent en question la véracité des 12 vidéos. Tout est bluffant: le nombre de participants pour chaque reportage, le montage amateur, la plausibilité générale des références mentionnées, l’internationalité des lieux et des langages, et la voix off dépourvue d’émotion, loin, tellement loin de la mise en scène ridicule des séries TV américaines du type Ghost Hunters, ou des faux-films les plus récents.
Dérangeants, étonnants, oniriques parfois, rappelant les thèmes de certaines oeuvres de H.P. Lovecraft, les Documents Interdits sont un ensemble de pirouettes filmologiques à voir, à garder dans ses archives et à partager, pour tester leur efficacité encore et encore aux cours des années à venir…
Apollo 18 (2011)
C’était bien parti, pourtant. Un genre de Blair Witch Project dans l’espace, ou bien un Alien à la sauce documentaire. Mais la grande majorité du film est tellement improbable, mal racontée, sans suspense et sans originalité, que ce potentiel énorme meurt après la première demi-heure. Dès que les « choses » apparaissent, en fait. A partir de ce moment, Apollo 18 part en vrille: le documentaire devient un bête film amateur, et on doit supporter, dans le désordre: des scènes choc ridicules et déplacées, des effets spéciaux hors contexte et inutiles, et une histoire prévisible au possible (que celui qui n’a pas deviné ce que sont les aliens avant qu’on les voie en action aille au coin).
La présence et le jeu des acteurs rattrape le film avant qu’il ne tombe dans la catégorie ‘kitsch’, mais vraiment de justesse. En bref, vite vu, vite oublié. L’épisode 9 de la première saison des X-Files (« Space »), sur le même thème, m’a marqué plus durablement que cette fausse mission dont je n’ai absolument pas été dupe. Dommage, c’était vraiment bien parti.
La Guerre des Mondes (2005)
Du Spielberg raté, par manque d’humanité. Une contemporanisation bête, méchante et désespérée de l’un des grands classiques de la science-fiction, qui au-delà d’effets spéciaux incroyables et d’angles de caméras à hauteur humaine, perd toute sa force à cause de ses personnages, petits, égoïstes et mesquins. Et, pire que tout, inutiles. Passées les 30 premières minutes d’émotions fortes, on se retrouve coincé avec eux, et on lutte pour tenir jusqu’à la fin.
Le héros principal est antipathique au possible: ouvrier de chantier aux horaires décalés, propriétaire d’une petite et moche maison de banlieue, divorcé, piètre père de famille qu’on aurait envie de dénoncer pour abandons répétés de ses enfants, désespéré dans son incapacité à prendre des décisions cohérentes, la seule chose qu’il a pour lui, c’est son look. C’est Tom Cruise, quand même. Mais comme l’apparence est le dernier des pré-requis dans un scénario catastrophe, finalement même ça, ça lui dessert. Le Tom Hanks de 2012 semble beaucoup plus approprié pour ce genre de rôle.
Son fils est un patriote en herbe, jeune et borné, au charisme d’huître. Et sa fille, bon, sa fille, c’est Dakota Fanning, mais à part jouer les autistes et pousser des hurlements suraigus, elle ne sert pas à grand chose non plus. Allez, disons que sa présence justifie le prix du voyage de son père, et encore.
On retrouve la scène de la fuite en voiture, qui par la magie du cinéma peut naviguer sans encombre entre les autres véhicules accidentés, dans les ruines, dans les masses humaines en mouvement (mais pour continuer la comparaison la Guerre des Mondes / 2012, le premier est heureusement bien loin du degré d’invraisemblance du second à ce niveau).
Et à part ça, on a quoi… Des scénettes d’interaction entre humains à la dérive, tous moins attachants les uns que les autres, et des actions/réactions extra-terrestres plutôt incompréhensibles. Pour ce dernier point, O.K, ce sont des aliens, et O.K., les explications scientifiques habituelles dans ce genre de film ont été mises de côté, sans doute pour privilégier le côté « héros qui survit à un danger mortel sans jamais rien comprendre ». Le souci c’est que le spectacteur non plus n’y capte rien.
Et la fin… Décevante! Tellement décevante! Une phrase en voix off! La première fois que j’ai vu ce film au cinéma, j’ai eu du mal à accepter que c’était la conclusion. Cette fois, je me suis appliqué pour tenter d’obtenir un soulagement final, hé ben non, encore raté. Pas d’espoir, pas de gain. Les acteurs de la version de 1953 font une apparition éclair dans la dernière scène histoire de dire, et puis c’est fini. Décevant!